Réduction des risques de catastrophes

Contexte

Le territoire haïtien, d’une superficie de 27'750 km2, est caractérisé par une dégradation très avancée de l’environnement (les estimations de la surface des terres occupée par des forêts varie entre 1 et 5% suivant les sources). Bien que dans les dernières décennies les exploitants agricoles sont pointés du doigt pour leurs pratiques culturales empirant la situation déjà critique tout en limitant les résultats des programmes de réhabilitation de l’environnement, ce sont bien des raisons historiques plus anciennes qui sont à l’origine de l’état dramatique de l’environnement. Le XIXème et le début du XXème Siècle notamment ont été marqués par une exploitation outrancière des ressources ligneuses pour son exportation (bois d’œuvre mais surtout teintures). La situation actuelle qui en résulte implique une vulnérabilité très importante qui se traduit par des risques de
  1. destruction des infrastructures (routes, maisons, captages de sources, etc.) et des sources de revenus des paysans (cultures et élevage) par les eaux de ruissellement, les inondations et les glissements de terrain,
     
  2. diminution des rendements agricoles (perte des terres arables par ruissellement),
     
  3. diminution des ressources en eau et
     
  4. réduction de la qualité de l’eau consommée.
Le Président de la République a fait montre d’une volonté politique forte d’aborder la problématique environnementale en plaçant celle-ci au centre des préoccupations nationales. Cependant, la concrétisation de cette volonté en actes tarde à venir et les blocages historiques persistent. Les principaux freins à l’amélioration de la situation qui se perpétuent depuis des décennies sont :

  1. La déconcentration et décentralisation de l’Etat pas encore effectives et efficaces ce qui rend très difficile la possibilité de mise en œuvre et de contrôle des règles en vigueur;
     
  2. La situation foncière non clarifiée qui entraine bien souvent une exploitation à court terme des terres par des paysans non propriétaires (situation d’affermage/métayage ou exploitation de terres étatiques);
  3. L’absence d’alternatives aux pratiques culturales néfastes pour l’environnement (cultures sarclées en pentes fortes, production de charbon et de bois d’œuvre sans contrôle des ressources ligneuses, etc.) qui restent les principales sources de revenues pour les paysans.

Compte tenu des nombreuses tentatives infructueusement mises en œuvre par le passé, HELVETAS s’est engagé à tester des approches innovantes qui s’inscrivent dans la politique nationale tout en l’approvisionnant en nouvelles idées.

Objectifs, résultats et approche

Les interventions d’HELVETAS visant la réduction des risques de catastrophes se concentrent actuellement autour de deux objectifs complémentaires. Le premier vise à réaliser les interventions techniques susceptibles de réduire les risques en améliorant la situation environnementale dans les zones prioritaires alors que le second relève le défi de contrecarrer les principaux freins à travers une implication de tous les acteurs locaux concernés.

1. Une protection des sources d’approvisionnement en eau potable pour garantir la qualité de l’eau, l’intégrité des ouvrages et le maintien de la ressource en eau

La démarche adoptée par HELVETAS est une combinaison de mesures d’animation, techniques et réglementaires. L’animation regroupe l’ensemble des mesures d’accompagnement indispensables à la mise en place au sein de la communauté des conditions favorables à l’adhésion et l’appropriation de la vision de protection des sources : séances de formation, d’information et d’appui technique sur des thèmes tels l’amélioration des techniques culturales, l’agroforesterie, la production et la conservation de fourrages, la conduite d’élevage.

Les mesures réglementaires englobent toutes les interventions visant à responsabiliser les autorités locales (Maires, CASEC) en tant que gardien de l’intérêt commun et donc de la gestion de l’environnement conformément au prescrit des lois en vigueur. Ce sont les aspects liés à la négociation, définition conjointe et mise en application du cadre légal (information, incitation, application, coercition) qui sont pris en compte.

Les mesures techniques comportent les travaux de protection, de gestion et d’aménagement du bassin versant de la source : clôture des abords du captage, aménagement biomécanique des versants et traitement des ravines. Ces interventions se répartissent suivant un principe de zonage autour de la source: la zone 1 (bords de la source) est clôturée et arborée et toute utilisation de la terre proscrite (car propriété de l’Etat), les ravines de la zone 2 sont traitées, les versant aménagés et les activités y sont règlementées, et la zone 3 (couvrant l’ensemble du bassin versant hydrologique) est aménagée et reboisée afin de favoriser le renouvellement de la ressource en eau.

Il est à noter que les interventions des zones 2 et 3 sont également réalisées au niveau de bassins versants jugés prioritaires par les autorités locales car situés en amont de centres urbains sans qu’il n’y ait de lien avec une source.

Les principaux résultats attendus sont les suivants :
  • L’ensemble des Mairies partenaires d’HELVETAS adoptent un arrêté municipal de protection des sources;
     
  • Les autorités locales (Mairie et CASEC) partenaires d’HELVETAS s’engagent dans un processus de légalisation du caractère d’intérêt public de la zone 1;
     
  • Les zones 1 des sources captées ou réhabilitées par le programme d’HELVETAS sont clôturées et reboisées, les ravines critiques des zones 2 sont traitées et les versant y sont aménagés et reboisées, et les versants des zones 3 sont reboisés;
2. Une gestion locale des bassins versants impliquant tous les acteurs concernés pour garantir la pérennité des interventions.

Les acteurs locaux concernés sont en premier lieu les exploitants agricoles qui sont en même temps les premiers confrontés aux risques de catastrophes mais également les acteurs centraux pouvant apporter une solution à la situation. Viennent ensuite les autorités locales, notamment les CASEC, qui ont des responsabilités dans la gestion de l’environnement prévues dans le cadre de la décentralisation. Il faut également inclure l’ensemble des parties prenantes, notamment le secteur associatif (association de paysan/nnes, association d’irrigants, groupement locaux, etc.), le secteur privé (exploitants de carrières, industries, etc.), les services déconcentrés de l’Etat (DINEPA, BAC, MDE, la Justice et la Police, etc.) ainsi que les autorités religieuses. Cette organisation des acteurs autour de la même vision qui est celle d’assurer l’aménagement du territoire sur le long terme et l’autogestion de l’ensemble du bassin hydrographique se fait à plusieurs niveaux suivant les rôles et responsabilités.

Le premier niveau concerne les exploitants réunis au sein d’un Comité de Micro Bassin Versant (CMBV). Cette structure a pour but principal de représenter les exploitants, de mettre en œuvre des activités et de contrôler les activités des exploitants. Il est en relation directe avec les CASEC auquel il doit rendre des comptes et peut faire appel en cas de besoin (gestion de conflit, répression des contrevenants, etc.). Ce comité est composé de membres élus des exploitants résidants répondant à certains critères notamment concernant leur disponibilité quotidienne et leur engagement en faveur de l’environnement. Le nombre de membres et la durée de leur mandat peut varier (entre 7 et 13 membres et de 1 à 3 ans).

Les exploitants sont également mis à contribution dans la réalisation des interventions. Dans le cadre de travaux sur les versants ainsi que dans les petites ravines, le principe de payement pour services environnementaux (PES) est priorisé. Cela se concrétise par une contractualisation des exploitants pour la réalisation des travaux mais également pour leur entretien sur le long terme. Un payement à la tâche et différé permet d’obtenir des résultats concluants en terme d’appropriation des résultats. Dans le cadre des grandes ravines qui sont du domaine public, les travaux d’aménagement se font en Cash For Work sous le contrôle des autorités locales (CASEC et Mairie).

Le second niveau aborde les questions de planification, maîtrise d’ouvrage (y compris redevabilité), gestion de conflit et accompagnement des CMBV. Pour ce faire, l’ensemble des acteurs concernés sont réunis au sein d’un Comité de Bassin Versant (CBV)  qui peut s’encrer au niveau communal ou intercommunal. Il s’agit d’une plateforme d’échange et de prise de décision afin d’apporter des solutions aux bassins versants jugés prioritaires. L’implication de toutes les parties prenantes permet de s’assurer d’un processus participatif facilitant la mise en œuvre des décisions sur le terrain et la pérennité des réalisations.

Du fait de la grande diversité de superficie des bassins versants haïtiens, un niveau intermédiaire peut être nécessaire. Ainsi, pour tout bassin versant de plus de 2'000 ha, un Comité de Sous-Bassin Versant (CSBV) regroupant tous les CMBV le composant est mis en place. Le CSBV aura un rôle d’intermédiaire entre les CMBV qu’il représente et le CBV auquel ils sont rattachés.

Compte tenu du caractère innovant et du potentiel de réplication de ces interventions, HELVETAS entretien des relations fortes avec les instances gouvernementales au niveau national. Il s’agit notamment du CIAT, du Ministère de l’Environnement et de la DINEPA. La plateforme des ONG engagées dans le domaine de l’eau potable et de l’assainissement (PEPA) est également utilisée pour maintenir des échanges avec les autres intervenants du secteur. Ces échanges ont pour but non seulement de suivre l’évolution du secteur afin d’adapter l’approche, mais également de contribuer à la réflexion à travers le partage des expériences de terrain et des leçons tirées.

Les principaux résultats attendus sont les suivants :
  1. Les exploitants des zones aménagées sont organisés en CMBV fonctionnels et reconnus par la communauté et par les autorités locales ; les CMBV sont éventuellement regroupés en CSBV suivant la superficie du bassin versant concerné;
     
  2. L’ensemble des parties prenantes prennent part activement aux CBV ce qui permet l’élaboration et la mise en œuvre de plan d’aménagement des bassins versants;
     
  3. Le payement pour services environnementaux favorise l’appropriation des réalisations par les exploitants qui les intègrent dans leurs pratiques culturales;

Projets GRD de Helvetas dans les zones d’intervention

Promotion de la gestion durable des sols et des systèmes de production du sous BV de la Rivière Bois à Verrettes (GEF)

Appui aux comités de protection de l'environnement, comités locaux de prtection civile Verrettes/Lachapelle et protection de la zone 3 de la source de Janen.



Résultats attendus

  • L’ensemble des Mairies partenaires d’HELVETAS adoptent un arrêté municipal de protection des sources;
  • Les autorités locales (Mairie et CASEC) partenaires d’HELVETAS s’engagent dans un processus de légalisation du caractère d’intérêt public de la zone 1;
  • Les zones 1 des sources captées ou réhabilitées par le programme d’HELVETAS sont clôturées et reboisées, les ravines critiques des zones 2 sont traitées et les versant y sont aménagés et reboisées, et les versants des zones 3 sont reboisés;